Terroir construit

Vieille montagne présaharienne, l’Anti-Atlas aurait pu n’être qu’une terre de parcours pour des troupeaux nomades. Or, une grande partie occidentale de ce massif porte les marques d’une civilisation agraire intense, lisible sur toutes les pentes aménagées par d’innombrables terrasses. Ces dernières coexistent avec d’autres structures agraires à savoir l’habitat, les igoudars, les aires à battre “Inrarn“ et les notfias.
Sur le plan climatique, l’Anti-Atlas fait partie d’une région semi-aride caractérisée par l’insuffisance et surtout l’irrégularité des précipitations.
Tous ces objets géographiques combinés, forment une mosaïque de paysages agraires variés ; ils imposent ainsi au paysage anti-atlasique la marque de l’Homme-agriculteur sur son environnement. En d’autres termes, ils lui donnent cet aspect de terroir et de paysage “construit“.

Qu’est ce qu’une terrasse agricole?

Les terrasses des cultures sont des techniques agricoles communes à de nombreuses civilisations sur presque tous les continents. Elles sont développées par l’homme dans les régions montagneuses pour maitriser la pente des versants afin de satisfaire ses besoins en aliments. Cette stratégie par son originalité témoigne d’une ingéniosité, d’un savoir-faire, mais surtout d’une longue période de sédentarisation.

Un peu partout, les pentes ont été patiemment transformées en succession de terrasses appelées ighermane (sing. igherm). Le mot est employé pour désigner le muret de soutènement pour les cultures pratiquées sur des champs étagés en terrasses. Quand on cherche la définition du terme igherm si fréquent dans la toponymie berbère, on se rend compte très vite que cette dénomination exprime clairement la fonction première de la terrasse de culture le mot éveille tout naturellement l’idée de défense, de protection, et de fortification. Le terme igherm désigne seulement le mur de soutènement construit avec une armature de pierres sèches ou avec liant. La terrasse de culture proprement dite ou la surface cultivable étroite suspendue entre deux murets de soutènement est appelée igid (plur. igadioun) (voir figure ). Aucune agriculture n’est possible sans cette maitrise parfaite de la pente.

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COMMENT EST CE QU'ON CONSTRUIT UNE TERRASSE AGRICOLE ?

Pour mettre en culture les versants sous forme de champs étagés irrigués ou non, les paysans n’avaient pas le choix, ils ont été contraints dans un premier temps de se livrer à l’épierrement. Avoir recours à de véritables murailles construites avec une armature de pierres sèches ou au contraire un simple talutage dépend de la lithologie et de la morphologie du versant mis en valeur. En d’autres termes, les matériaux utilisés sont dépendants des ressources que l’environnement avait mis à la disposition des constructeurs.

La hauteur des murs de soutènement est fort variable. Si certains ne dépassent pas un mètre de hauteur ; d’autres atteignent jusqu’à deux mètres. Dans tous les cas, la hauteur dépend de la pente du versant et de la largeur donnée à la parcelle. Plus celle-ci est large, plus le mur est haut. De même, plus la pente de versant est forte, plus le mur de soutènement doit être élevé. Toujours en ce qui concerne la forme des terrasses, les planches ont une faible inclinaison qui permettra seulement d’évacuer les eaux pluviales de ruissellement. Les murs sont régulièrement entretenus souvent avant les premières pluies.

1 – DÉFINITION

Avant d’entreprendre tout travail d’aménagement et de conquête de nouvelles terres cultivables, la première opération à laquelle se sont livrés les agriculteurs c’est bien celle du défrichement.
 

2- EPIERREMENT

Étant donnée la nature caillouteuse du sol, l’opération est souvent accompagnée d’un important travail d’épierrement, opération aussi importante que le défrichement. L’ensemble de ces deux travaux porte le nom de ferd* et la terre ou le versant qui a subi ce premier traitement s’appelle un afrade * (plur. ifrdane)

3- CONSTRUCTION : En trois étapes

a) En premier lieu, de main d’homme, on creuse une tranchée jusqu’à la profondeur que l’on peut tout dépend bien entendu de la quantité de terre disponible et surtout de la résistance de la roche en place.

b) Ensuite, au pied de la pente, on établit un premier mur de soutènement en pierres sèches ighrem : les plus gros blocs constituent généralement l’assise de l’édifice, les moyens forment le corps et les plus petits cailloux servent au calage.

c) Le tout est assemblé de cette façon en multipliant, dans la mesure du possible, les points de frottement et de contact entre les différentes tailles. Plus ceux-ci sont importants, plus la solidité de l’ouvrage est assurée.

TYPOLOGIE

Une diversité des techniques pour mieux s’adapter

Gérer l’eau

La première typologie des terroirs en terrasses sera fondée sur cette distinction que font les paysans de l’Anti-Atlas comme d’ailleurs ceux de presque toutes les campagnes marocaines entre ce qu’ils appellent le bled targa (bled seguia, terroir irrigué) et le bled bour (terroir non irrigué, sans irrigation).

Leur distinction s’appuie, bien entendu, sur la relation qu’ont les terroirs cultivés avec l’eau.

Techniquement, les terrasses bour sont moins élaborées que celles irriguées mais elles présentent plus de variantes et de différentiations.

Gérer le sol

Le soutènement des champs en terrasses « sèches » peut prendre deux formes principales, on y distingue des terrasses construites avec une vraie armature de pierres, c’est la forme la plus représentée dans notre zone, mais il existe également des terrasses à talus « nus » ou enherbés faiblement consolidées que l’on peut rencontrer sur les versants les moins pentus.

 

 

 

Un fait géographique mondial

L’agriculture en terrasses est un fait géographique mondial. C’est une expression paysagère du travail humain familière à toutes les zones où la topographie s’est présentée sous les aspects les plus accidentés. Ici ou là, des millions de paysans ont rencontré les mêmes conditions naturelles auxquelles ils ont apporté, au-delà de leur diversité culturelle et/ou ethnique, les mêmes réponses, les mêmes soins, les mêmes procédés techniques, et parfois la même organisation sociale. On les retrouve ainsi au Mexique, en chine, au nord du bassin méditerranéen (Espagne, Sud de la France, Italie, la Suisse, Grèce…etc)

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